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Tebbutt : Félix est arrivé

25 Juin 2019
written by: Tom Tebbutt
written by: Tom Tebbutt

Sur cette photo, Félix Auger-Aliassime est âgé de 15 ans et participe aux qualifications de la Coupe Rogers 2016 de Toronto. Il occupait alors le 597e rang de l’ATP.

Aujourd’hui, le mardi 25 juin 2019 — Auger-Aliassime a 18 ans et est le 21e meilleur joueur du monde.

Il est un prodige, s’étant qualifié pour Challenger de Drummondville en mars 2015 quand il avait 14 ans pour récolter son premier point de l’ATP. En juillet de la même année, toujours à 14 ans, il a franchi un tour au Challenger de Granby.

Le groupe d’experts du Centre national de tennis de Montréal, sous la direction du vice-président du développement de l’élite Louis Borfiga, a délibérément pris soin de protéger l’étoile montante. Ils étaient tous conscients de son talent exceptionnel et ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour s’assurer que Félix n’était pas distrait ou submergé par une trop grande attention du monde extérieur.

Cela a bien fonctionné pour un temps, mais, à 15 ans, il était finaliste des épreuves juniors de Roland-Garros 2016 (après avoir eu trois balles de match en finale) et il était de plus en plus difficile de maîtriser la situation. Quelques mois plus tard, il a remporté les Internationaux juniors des États-Unis, un mois après avoir célébré son 16e anniversaire de naissance, ce qui le plaçait à l’avant-scène des jeunes joueurs les plus prometteurs du monde aux côtés de son bon ami Denis Shapovalov, champion junior de Wimbledon en 2016.

À l’été 2017, lui et Shapovalov devaient être en vedette lors de la séance du mardi après-midi de la Coupe Rogers. Cependant, une blessure au poignet gauche a empêché Auger-Aliassime de participer à l’épreuve montréalaise, un tournoi qui s’est transformé en fête pour Shapovalov, qui a éliminé Juan Martin del Potro et Rafael Nadal en route vers la demi-finale.

Shapovalov est ainsi devenu l’enfant chéri et a éclipsé Auger-Aliassme, donnant à ce dernier encore plus de temps pour mûrir loin des feux de la rampe et de la pression. Pendant plus d’un an, c’est Shapovalov qui était au centre de l’attention.

Cela a commencé à changer en février de cette année lorsque Auger-Aliassime, qui a amorcé la saison au 108e échelon, a atteint la finale du tournoi sur terre battue de Rio de Janeiro, une épreuve du Circuit 500 de l’ATP Tour.

Voici les principaux indicateurs de son ascension en 2019 :

Janvier : Il perd 7-6(4) et 6-3 face à l’Américain Christopher Eubanks au deuxième tour des qualifications des Internationaux d’Australie alors qu’il ressentait une douleur au genou associée la croissance (photo ci-dessus).

Février : Il remporte le match décisif de la rencontre de qualification de la Coupe Davis opposant le Canada à la Slovaquie, à Bratislava. Il accède aussi à sa première finale du grand circuit, s’inclinant 6-3 et 7-5 aux mains du 90e mondial Laslo Djere, de la Serbie, à Rio de Janeiro.

Mars : Il atteint le troisième tour du Masters d’Indian Wells, signant son premier gain face à un joueur du Top 10, Stefanos Tsitsipas (6-4 et 6-2).

Mars : Il obtient sa plus belle récolte de points (376) en accédant à la demi-finale de l’Open de Miami en tant que joueur issu des qualifications. Il tombe 7-6(3) et 7-6(4) face à John Isner.

Mai : Après avoir eu raison de Shapovalov 6-2 et 7-6(7) au premier tour de l’Open de Madrid, il perd 6-3 et 6-3 contre Rafael Nadal.

Mai : Il participe à sa deuxième finale de l’ATP Tour et, ennuyé par un problème à l’aine, il subit un revers de 6-4 et 6-3 aux mains de Benoît Paire, à Lyon (ci-dessus).

Juin : Il atteint sa troisième finale de l’ATP Tour de l’année avant de s’incliner 6-4 et 7-6(11) face à l’Italien Matteo Berrettini, à Stuttgart.

Juin : Il poursuit sur sa lancée sur le gazon en atteignant le carré d’as du tournoi du Queen’s Club, à Londres, éliminant en cours de route Grigor Dimitrov, Nick Kyrgios et Tsitsipas avant de perdre 6-7(3), 6-3 et 6-4 face à Feliciano Lopez.

Auger-Aliassime a été impressionnant au Queen’s Club. Alors qu’il ne disputait que son deuxième tournoi professionnel sur le gazon, il a démontré une maîtrise sur cette surface qui put parfois prendre des années à acquérir. Sa prestation sur une grande scène était si soignée qu’il semble maintenant impossible de ne pas l’étiqueter comme un futur numéro un mondial et un champion de Grands Chelems.

Il peut être dangereux de faire ce genre d’affirmation audacieuse, mais il a montré qu’il possédait un jeu complet et un excellent tempérament. Il était intéressant d’entendre un observateur d’expérience remarquer avec une pointe d’ironie, après la victoire d’Auger-Aliassime, 18 ans, aux dépens de Kyrgios, 24 ans, que le plus mature de tous les jeunes joueurs venait de battre le moins mature.

Tsitsipas, 20 ans, a fait l’éloge d’Auger-Aliassime après sa défaite de 7-5 et 6-2 aux mains du Canadien en quart de finale du Queen’s Club. La fiche du Grec est maintenant de 0-5 contre Auger-Aliassime – trois défaites chez les juniors et deux chez les pros cette année (Indian Wells et

Queen’s Club).
« Cela m’inquiète », admettait Tsitsipas avec franchise au sujet de sa défaite. « C’est contrariant de voir qu’il est meilleur que moi. Je dois accepter qu’il est meilleur que moi. Je ne le battrai peut-être jamais. Mais si je pense comme ça, (je) dois juste attendre, peut-être des années, pour que j’aie la chance de le battre. »

Tsitsipas, sixième joueur mondial, semble presque subjugué par Auger-Aliassime. « Il a un des meilleurs retours (de service) du circuit », mentionnait le Grec. « Il a un service puissant et précis qui est difficile à lire. Il est très rapide. C’est rare de voir toutes ces qualités chez un seul joueur. Gros coup droit, gros revers. Il peut créer beaucoup d’occasions à partir de son revers et il peut être très agressif du coup droit. Il n’y a pas grand-chose à faire quand tu joues contre lui. »

« Il possède tout ce qu’il faut pour rivaliser. Je suis sûr que s’il a la chance d’affronter Nadal, Djokovic ou Federer, il va les battre. Je ne serais pas surpris qu’il gagne contre ces gars. »

En réaction aux commentaires de Tsitsipas, Auger-Aliassime a mentionné à propos de son rival : « Si vous regardez ses résultats — je veux dire, je pense qu’il a déjà trois titres sur trois surfaces différentes ? Il a vaincu tous les meilleurs joueurs, Rafa, Novak, Roger. Alors objectivement, je crois qu’il est le meilleur des deux. Il possède un meilleur classement, mais peut-être que j’ai un peu l’avantage lorsque nous nous affrontons. Je ne sais pas… »

Le monde du tennis s’émerveille de la maturité d’Auger-Aliassime. L’entrevue de Prakash Amritraj, de Tennis Channel, ci-dessous est un bon exemple de la façon dont il se comporte dans les situations publiques.

En plus de Borfiga, les entraîneurs d’Auger-Aliassime, Fred Fontang et Guillaume Marx, méritent d’être félicités pour leur mentorat. Les deux sont des Français discrets et accessibles, des gars qui ont évolué sur le circuit et qui s’entendent bien avec « FAA » — bien qu’il soit difficile de trouver quelqu’un qui ne le trouve pas sympathique.

Dans la photo ci-dessus, on voit Fontang, à gauche, accompagné de l’entraîneur physique Nicolas Perrotte, aussi de la France.

En septembre dernier, au lendemain de la rencontre de barrage de la Coupe Davis contre les Pays-Bas, à Toronto, Auger-Aliassime et Milos Raonic sont allés souper ensemble et Raonic a offert des conseils à son jeune compatriote.

« On ne le voit pas souvent sur le court ou il ne le montre pas, mais il est très cool et très intelligent », mentionnait Auger-Aliassime à propos de Raonic la semaine passée, au Queen’s Club.

« Chaque fois que je me posais des questions sur des choses sur le circuit ou en dehors du circuit, sur ce que je devais faire ou sur des trucs médicaux, je lui demandais conseil. Je pense que c’est une personne très intelligente et très professionnelle. »

C’est presque épeurant de voir le nombre de cases qu’Auger-Aliassime coche dans la colonne de grand champion potentiel. Il possède le jeu, la maturité et l’intelligence nécessaires pour gérer l’attention croissante et les responsabilités qui l’attendent. Sa défaite contre Lopez en demi-finale du tournoi de Queen’s n’est peut-être pas une mauvaise chose. S’il avait gagné ce tournoi — il avait éliminé Gilles Simon par 7-5 et 6-4 la semaine précédente à Stuttgart —, il y aurait eu encore plus d’attention sur lui à la veille de Wimbledon. Comme c’est là, la firme de paris

Ladbrokes le place à égalité avec Marin Cilic en tant que sixième favori à 28/1 pour l’emporter. Raonic est huitième, à 33/1, et Shapovalov est loin derrière à 150/1.

Du côté des statistiques, Auger-Aliassime a déjà battu 12 joueurs du Top 15 en 2019. De plus, il s’est hissé au 21e rang avec un maigre huit points (deuxième tour des qualifications des Internationaux d’Australie) aux deux Grands Chelems qu’il a disputés jusqu’à maintenant. Une blessure à l’aine l’a empêché de prendre part à Roalnd-Garros.

Auger-Aliassime n’a pas caché sa déception de ne pas avoir encore mis la main sur son premier titre de l’ATP Tour. Jusqu’à maintenant, il a pris part à trois finales et à deux carrés d’as. En 2000 et 2001, Roger Federer avait participé à deux finales et à trois demi-finales avant de remporter son premier tournoi – à Milan en 2001 alors qu’il était âgé de 19 ans et demi.

Actuellement, Auger-Aliassime, qui aura 19 ans le 2 août, occupe le dixième rang de la Course vers Londres pour se qualifier pour l’une des huit places de la prestigieuse finale de fin de saison de l’ATP Tour, en novembre.

Un attribut qui est rarement mentionné à propos de l’adolescent est la façon dont il grogne sur le terrain. C’est un son un peu bourru, bref et muet, beaucoup moins fort que celui de certains joueurs. D’une certaine façon, c’est presque parfait, juste assez pour souligner sa détermination, mais loin d’être offensant ou distrayant.

UNE TROMPERIE AMUSANTE

La semaine dernière, Gaël Monfils a perdu contre Pierre-Hugues Herbert sur le gazon de Halle. Il faudrait chercher longtemps pour trouver un coup aussi incroyable que celui produit par l’incomparable showman français.