fbpx
EN FR
Home   Nouvelles   Tebbutt: « Nous allons à Madrid »

Tebbutt: « Nous allons à Madrid »

02 Fév 2019
written by: Tom Tebbutt
written by: Tom Tebbutt

Il y a eu quelques chants de célébration après que Félix Auger-Aliassime ait produit un ace pour sceller sa victoire de 6-3 et 6-4 aux dépens de Norbert Gombos, confirmant ainsi le triomphe du Canada de 3-2 face à la Slovaquie et garantir au pays une place parmi les 18 nations invitées à la finale de la Coupe Davis en novembre prochain.

Les partisans canadiens ont finalement scandé « Nous allons à Madrid », ce qui était l’objectif ultime de cette rencontre sur la terre battue rouge de Bratislava.

Et cette victoire a été obtenue grâce aux prestations courageuses de deux adolescents, Denis Shapovalov, 19 ans, et Félix Auger-Aliassime, 18 ans, qui se sont remis d’une dure défaite de 3-6, 7-5 et 6-3 en double au début de la journée pour combler un déficit de 2-1.

Photo: Mauricio Paiz

Fidèle à lui-même, Shapovalov a explosé de partout sur le terrain et a magnifiquement bien servi, ne faisant que peu de concessions sur le terrain dans un gain de 7-6(4) et 6-4 face à Martin Klizan, un expert de la terre battue.

Il a eu besoin de sept balles de manche pour finalement empocher le premier acte, puis deux balles de match pour permettre au Canada de niveler la marque à 2-2.

Auger-Aliassime s’est ensuite illustré, oubliant son amère défaite en simple de vendredi contre Klizan et son revers en double pour montrer son talent précoce et battre Gombos en une heure et 28 minutes.

Photo: Mauricio Paiz

Selon le nouveau format de la Coupe Davis, le double est disputé le deuxième jour, avant le simple — une pratique incongrue et peu commune qui rompt avec les conventions du tennis. Shapovalov n’a donc eu que 30 minutes de repos entre la fin du double et le début du duel crucial de simple contre Klizan, un joueur aguerri sur terre battue qui avait vaincu Auger-Aliassime 7-5 et 6-3, vendredi.

« Il est assurément difficile de revenir sur le terrain après avoir disputé un match de double », admettait Shapovalov. « Je crois que nous ressentions tous les deux la fatigue sur le court. Cela m’a pris un peu de temps à me mettre en branle, mais lorsque l’adrénaline s’est mise à monter, je me suis senti ravivé. »

« Je suis content de ma forme physique, d’être resté mentalement présent et d’avoir si bien joué. »

Klizan, qui évoluait sur son terrain devant ses partisans, a donné un effort maximal, mais Shapovalov a su utiliser sa puissance à bon escient pour épuiser son aîné.

« Il a joué de l’incroyable tennis, il a produit de magnifiques coups dans les moments cruciaux », commentait Klizan à propos de Shapovalov. « Je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de le briser (1/3 alors que Shapovalov a été 2/6), et malheureusement, je n’ai pas su en profiter. Je dois accepter que j’ai perdu contre un adversaire qui était meilleur que moi. »

Photo: Mauricio Paiz

Avant le début de la rencontre, le capitaine slovaque Dominik Hrbaty a reconnu les talents de Shapovalov, mais a déclaré que Klizan était supérieur sur la terre battue. Après sa victoire de samedi, Shapovalov a admis que la déclaration de Hrbaty avait attiré son attention. « Je pense vraiment que ça m’a stimulé pour mon match », confiait-il. « J’aime prouver aux gens qu’ils ont tort. Je pense que cela a stimulé toute l’équipe. »

Shapovalov s’est également senti justifié en tant que joueur de terre battue. « Je crois que l’on peut maintenant affirmer que le débat sur la question de savoir sur je peux jouer sur la terre battue est officiellement clos. Je pense qu’avec le match d’aujourd’hui, j’ai prouvé que je pouvais jouer sur cette surface et je suis vraiment heureux d’avoir gagné ce match pour le Canada. Nous en avions grandement besoin. »

Cette victoire signifiait qu’Auger-Aliassime avait le sort de ses coéquipiers entre les mains dans le cinquième match décisif. Auger-Aliassime, qui croisait le fer avec Gombos, en remplacement de Filip Horansky qui avait livré une belle lutte dans une défaite en deux manches face à Shapovalov vendredi, a bien servi, particulièrement sous pression.

« Félix a très bien joué et a admirablement bien servi », mentionnait Gombos. « Je n’ai pas réussi à le briser. J’ai aussi pris de mauvaises décisions et j’ai moins bien servi, ce qui a pratiquement scellé l’issue du match. »

Photo: Mauricio Paiz

Gagner son premier match de la Coupe Davis, et le faire dans le cinquième match décisif a été un grand moment de bonheur pour Auger-Aliassime. « C’est quelque chose dont j’ai toujours rêvé », confiait-il. « Je ne pense pas que j’aurais pu demander un meilleur match aujourd’hui. Je suis simplement très heureux. »

Photo: Mauricio Paiz

Bien qu’il ait été assailli sur le terrain par ses coéquipiers au moment de la victoire, Auger-Aliassime a fait preuve d’un esprit sportif exemplaire en n’oubliant pas d’aller serrer la main de son adversaire dès qu’il a pu s’extirper de la mêlée.

Photo: Mauricio Paiz

La défaite en double qu’Auger-Aliassime et Shapovalov ont subie l’a été aux mains d’un tandem plus aguerri, Klizan et Polasek, qui avait plus d’expérience au filet et en retour de service dans les moments importants.

Mais rien n’aurait pu arrêter les jeunes Canadiens en simple.

« Alors que nous étions en déficit de 2-1, Denis a joué un match incroyable (contre Klizan) pour nous garder en vie », se réjouissait le capitaine Frank Dancevic. « À mes yeux, la qualité était un Top 10 et les deux gars ont tout laissé sur le terrain. Puis Félix, qui en était à sa première rencontre de la Coupe Davis s’est trouvé dans une situation où il devait disputer le cinquième match décisif et il a répondu incroyablement bien pour nus mener vers la finale. »

Le nouveau format de la Coupe Davis, tant en termes de rencontres sur deux jours entre les nations et l’ensemble de la compétition, qui ne comporte qu’un seul tour de qualification avant la finale de la Coupe Davis par BNP Paribas en novembre, à Madrid, a suscité la controverse.

En gros, la rencontre que le Canada a remportée en septembre dernier contre les Pays-Bas ne lui a donné aucun avantage — comme l’a démontré le fait de tomber sur la Slovaquie sur la route et sur une surface peu familière. De plus, le tour de qualification disputé ce week-end n’était qu’une concession à ceux qui voulaient conserver un vestige de l’ancien format.

Si cette concession n’avait pas été faite, le Canada, 16e au classement de la Coupe Davis, aurait probablement accédé directement à la finale et la Slovaquie, qui est 29e, aurait été reléguée aux compétitions de zone.

Le Canada s’est qualifié pour le défunt Groupe mondial composé de 16 pays au cours des huit dernières années et a maintenant fait de même pour la nouvelle finale de la Coupe Davis.

Photo: Mauricio Paiz

Il ne fait aucun doute qu’une nation comptant un 14e mondial (Milos Raonic), un 25e (Shapovalov) et une étoile montante comme Auger-Aliassime, mérite de faire partie du tableau de 18 pays à Madrid. Cette ville est chère à Shapovalov et à Auger-Aliassime, car ils y ont remporté le titre de la Coupe Davis junior en 2015. En novembre prochain, les finales de la Coupe Davis auront lieu au Caja Majica, site de leur triomphe avec Benjamin Sigouin, de Vancouver.

Raonic, Shapovalov, Auger-Aliassime et, espérons-le, un Vasek Pospisil en santé feront du Canada l’un des favoris sur la surface dure de Madrid.

Le capitaine Dancevic se trouve chanceux d’être à la tête de ce groupe et d’avoir un joueur en pleine ascension comme Shapovalov.

« Il a été un leader exceptionnel ce week-end », commentait-il à propos du joueur de Richmond Hill, en Ontario. « Denis a dû amorcer la rencontre et il l’a fait de brillante façon en récoltant le premier point (contre Horansky). Ensuite il a eu toute la pression sur ses épaules pour nous garder dans la course alors qu’il se mesurait à leur joueur numéro un (Klizan), qui lui aussi avait admirablement bien joué vendredi. Cela n’a pas été facile pour lui et il a fait preuve de beaucoup de courage. Il a conservé son sang-froid tout le week-end, il a puisé dans ses réserves et a trouvé le moyen de rehausser son niveau de jeu. Il nous a gardés en vie et donné à Félix la chance de briller dans le cinquième match. »

Est-ce que cela ressemblait à 2003 lorsqu’un jeune Dancevic de 18 ans a mené le Canada au Groupe mondial grâce à un gain aux dépens du Brésilien Flavio Saretta, alors 44e mondial, au cinquième match des qualifications pour le Groupe mondial à Calgary ?

« Je ne sais pas pour celle-là », a répondu Dancevic en riant. « C’était semblable, mais à un niveau différent. J’étais 460e mondial à ce moment-là. Denis est incroyable. La détermination dont il a fait preuve ce week-end et son dévouement envers son pays sont fantastiques — je suis vraiment heureux de l’avoir au sein de l’équipe. »

BRATISLAVA POST CARD

Photo: Mauricio Paiz

Pour certains amateurs canadiens, ce sera l’un des souvenirs inoubliables de leur visite à Bratislava — ce type qui se promène en vélo motorisé pour étendre la terre battue rouge. Et d’après ce que nous avons pu découvrir, son emploi régulier n’est pas de conduire une Zamboni.

Feature Photo: Mauricio Paiz