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Tebbutt: Toute l’histoire

27 Nov 2018
written by: Tom Tebbutt
written by: Tom Tebbutt

Il y a deux semaines, Alexander Zverev a vaincu Novak Djokovic 6-4 et 6-3 lors du match de championnat de la Finale de l’ATP, à Londres. Par la suite, Zverev a reçu des éloges bien mérités pour son excellent duel.

Cependant, il était évident que Djokovic ne jouait pas à son meilleur niveau. À ce qui s’est avéré être le moment clé du match — 4-4, 30-30 de la première manche alors que Djokovic était au service — il a commis deux épouvantables fautes directes du coup droit, une balle longue et l’autre dans le filet.

Djokovic n’était assurément pas au sommet de sa forme, surtout si l’on considère la façon dont il jouait depuis son triomphe à Wimbledon, en juillet. Zverev a ensuite produit trois aces pour commencer le 10e jeu — il était 19/22 sur ses premières balles de service contre le meilleur relanceur du monde — et a empoché la manche deux points plus tard sur une faute en coup droit de Djokovic.

Le deuxième acte a été dominé par Zverev. Il était fragrant que quelque chose clochait du côté de Djokovic — il avait l’air fatigué et malade. Malgré le fait qu’il avait battu Kevin Anderson 6-2 et 6-2 la veille, il n’était plus le même le jour de la finale.

Un indice évident est quand il s’est accroupi après le troisième point du troisième jeu de la deuxième manche (ci-dessus).

À ce moment-là, Nick Lester, commentateur d’ATP Media, a suggéré que Djokovic était « émotionnellement à plat » et Robbie Koenig, le co-commentateur, a ajouté que son niveau d’énergie était bas et qu’il « reniflait beaucoup ». Ils ont mentionné qu’il avait un rhume de cerveau et que le match avait des allures de sa défaite de 7-5 et 6-4 en finale du Masters de Paris deux semaines plus tôt contre Karen Khachanov alors qu’il était également malade.

« Je ne suis pas en parfaite santé depuis trois ou quatre semaines », confiait Djokovic après sa défaite aux mains de Zverev. « Cela m’a épuisé. »

Il a ajouté : « Il avait évidemment de puissants services. Je n’ai pas bien retourné. Je ne le déplaçais pas beaucoup. J’ai commis trop de fautes directes. Pour être honnête, mon jeu s’est effondré à partir de 4-4 dans la première manche. »

En demi-finale, Zverev avait eu raison de Roger Federer par 7-5 et 7-6(5). Mais encore là, Federer n’était pas à son mieux.

Il a des douleurs à la main depuis le tournoi sur gazon de Stuttgart, en juin — une défaite de 7-6(6), 3-6 et 6-2 face à Borna Coric, en finale.

Comme le rapportait Tennis.com après son élimination à Londres, « alors qu’il s’adressait à la presse suisse, Federer a ajouté que la blessure à la main survenue sur le gazon de Stuttgart l’affectait encore dans une certaine mesure. »

« J’ai ressenti une douleur pendant longtemps, même ici, à Londres, même si cela s’améliore de jour en jour », a-t-il révélé au journal Tages Anzeiger. « Cela ne devrait pas être une excuse, [mais] cela cassait parfois mon rythme. J’espère que les problèmes disparaîtront pendant les vacances. »

Rien de tout cela n’est destiné à diminuer ce que Zverev, 21 ans, a réalisé. Je ne l’ai jamais vu aussi bien jouer — excellents services, magnifiques coups de fond, même du coup droit, qui peut parfois être capricieux, et bonnes volées. De plus, même quand Djokovic ou Federer ne sont pas au sommet de leur forme, ils savent trouver le moyen de gagner. Le fait que Zverev a réussi à les battre l’un après l’autre mérite d’être salué.

Toutefois, la question demeure : quelle part des victoires de Zverev, en particulier celle contre Djokovic, était due au magnifique jeu de l’Allemand ou à la piètre performance du Serbe ?

Après la finale, j’ai écouté un podcast qui ne faisait aucunement mention de la forme de Djokovic, mais qui mettait plutôt l’accent sur l’émergence de Zverev et ses chances pour 2019, principalement aux Internationaux d’Australie. Et ce, malgré le fait que Djokovic avait aisément disposé de Zverev 6-4 et 6-1 quatre jours plus tôt au tournoi à la ronde des Finales de l’ATP.

Il m’a souvent semblé qu’il serait utile d’avoir un ratio utilisant des pourcentages pour mesurer les résultats des matchs. Par exemple, Zverev avait-il battu Djokovic dans une proportion de 50-50 – 50 pour cent par le beau jeu de Zverev et 50 pour cent par le manque de forme de Djokovic ? Lorsqu’on a demandé l’évaluation d’un autre journaliste de tennis, il a suggéré que c’était 70 pour cent le mauvais jeu de Djokovic et 30 pour cent le brio de Zverev. Pour ma part, j’ai été plus généreux envers l’Allemand — accordant 60 pour cent au jeu de Zverev et 40 pour cent à celui de Djokovic.

Ce sont, bien sûr, ces pourcentages seraient subjectifs et difficiles à calculer, mais il serait très intéressant de mettre au point un tel système.

Même s’il n’a atteint qu’un quart de finale (Roland-Garros en 2018) au cours des 14 tournois du Grand Chelem auxquels il a participé, les preneurs de paris ont fait du jeune Zverev un favori à 2-1 pour gagner un Grand Chelem en 2019. Ainsi, les faiseurs de cotes astucieux se sont peut-être laissés emporter par un week-end torride de l’Allemand.

Il y a une tendance évidente au tennis — et dans la plupart des sports —, soit d’attribuer le résultat à la performance de la personne ou de l’équipe gagnante. Les reportages ne font habituellement pas état de maladie, de blessure ou autre facteur extérieur qui aurait pu influencer le résultat.

Il y a plusieurs années, j’avais demandé à Philippe Bouin, du quotidien français L’Équipe, maintenant à la retraite, mais assurément le meilleur journaliste international de tennis des dernières décennies, quelle était son approche pour écrire sur les blessures dans ses textes. Il a répondu qu’il pensait que ses lecteurs méritaient d’être informés si une blessure ou un autre problème externe avait eu une incidence sur le résultat.

Il semblerait que si le sport avait le même sérieux que la politique ou les affaires mondiales, il y aurait certainement des rapports plus complets et plus équilibrés sur les facteurs atténuants comme l’inaptitude ou la maladie d’un joueur.

Il ne faut jamais sous-estimer les performances d’un joueur de niveau inférieur quand son adversaire joue en dessous ou bien en dessous de ses capacités. Juste un petit (ou un gros) quelque chose de manquant au jeu du joueur supérieur peut donner un énorme coup de pouce au joueur inférieur, tant en termes de confiance que de niveau de jeu.

En 2009, Juan Martin del Potro a conquis son premier et son unique titre de Grand Chelem aux Internationaux des États-Unis – il avait éliminé Rafael Nadal 6-2, 6-2 et 6-2 en demi-finale, l’Espagnol souffrait alors d’une blessure aux abdominaux. En finale, il avait eu raison de Roger Federer 3-6, 7-6(5), 4-6, 7-6(4) et 6-2 alors que Federer était diminué par une douleur au dos.

Cela n’a pas pour but de diminuer l’exploit de del Potro, mais simplement pour expliquer les circonstances de ces deux matchs. L’Argentin possédait une fiche de 6-11 contre Nadal et de 7-18 face à Federer. À première vue, ces chiffres ne semblent pas très flatteurs, mais ils sont bien meilleurs que ceux de presque tous ceux qui ont affronté ces deux géants autant de fois. Et peu de gens diraient que del Potro ne mérite pas un titre de Grand Chelem.

En ce qui concerne les blessures, il était fascinant d’écouter Federer après sa défaite contre Zverev au carré d’as, à Londres. En se remémorant ses expériences passées, il a dit : « Où en étais-je il y a cinq ans ? Je souffrais probablement d’une blessure au dos en 2013, incertain si j’allais un jour comprendre ce mal de dos parce que je vivais avec depuis quatre ou cinq mois. Cela a vraiment bouleversé mon tennis pour un temps. »

Photo: Mauricio Paiz

Voici quelques-uns de ses résultats pendant cette période : défaites contre le 116e Sergiy Stakhovsky (Wimbledon), le 114e Federico Delbonis (Hambourg), le 55e Daniel Brands (Gstaad) et Tommy Robredo (Internationaux des États-Unis) — le seul gain de l’Espagnol en 12 tentatives contre Federer.

Bien qu’on ne le savait pas à l’époque, ces résultats s’expliquent à 95 pour cent par le manqué de forme physique de Federer et à 5 pour cent par le jeu de ses adversaires.

À l’autre bout du spectre, le maître suisse a remporté Wimbledon en 2017 en signant un gain de 6-3, 6-1 et 6-4 aux dépens de Marin Cilic alors que le Croate essayait tant bien que mal de jouer avec une ampoule au pied. L’année précédente, à Wimbedon, Cilic était passé bien près de battre Federer en quart de finale, avant de s’incliner 6-7(4), 4-6, 6-3, 7-6(9) et 6-3 après avoir détenu trois balles de match.

L’heure de la revanche aurait très bien pu sonner en 2017. Ou… avait-il réussi à pousser Federer à la limite de cinq manches en 2016 parce que le Suisse avait un problème au genou et a mis fin à son année après le match suivant – une défaite de 6-3, 6-7(3), 4-6, 7-5 et 6-3 aux mains de Milos Raonic au carré d’as ?

On constate aisément que tous les facteurs qui affectent un résultat précis peuvent devenir compliqués et embrouillés.

Mais s’il est dommage que ces facteurs externes entrent en jeu dans les matchs de tennis — parfois des matchs très importants — cela ne veut pas dire qu’on doit les ignorer et ne pas en parler. Ils font partie de l’histoire globale et ne devraient pas être considérés comme des excuses ou un manque d’esprit sportif de la part des perdants. Le lecteur, le téléspectateur ou l’auditeur a droit à l’information sur la portée large et nuancée d’un résultat. Pour reprendre l’expression du regretté Howard Cosell, il s’agit de « dire les choses telles qu’elles sont. »

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