denis shapovalov shadow melbourne

Il existe un vieil adage australien pour exprimer les extrêmes du tout ou rien : Sydney ou le scrub. Dans l’un des huitièmes de finale des Internationaux d’Australie, il était facile de deviner qui était Sydney (Denis Shapovalov) et qui était le scrub des territoires stériles (Alexander Zverev).

Aussi mauvaise que fût la performance de Zverev, un joueur doté des armes explosives de Shapovalov est son pire cauchemar.

Dès le début, Shapovalov a fait preuve d’audace en tenant tête au troisième mondial. Il a terminé le duel de deux heures et 21 minutes en ayant gagné deux fois plus d’échanges que son rival — 28 contre 14 — pour signer un gain de 6-3, 7-6(5) et 6-3.

C’était impressionnant contre l’un des meilleurs attaquants en fond de terrain et un joueur que les preneurs de paris avaient établi comme étant le deuxième plus sérieux prétendant au titre.

Shapovalov a mené pendant presque tout le match, obtenant le bris pour prendre les devants 3-1 à la manche initiale avant de la gagner. Sa seule baisse de régime est survenue dans le deuxième acte lorsqu’il a brisé l’Allemand dès le premier jeu avant de concéder son service à deux reprises pour tirer de l’arrière 3-5 après avoir notamment commis deux doubles fautes. Toutefois, lorsque Zverev servait pour la manche, il lui a rendu la pareille avec une paire de doubles fautes.

Shapovalov a gagné ce jeu et a ensuite dominé le jeu décisif qui a suivi, menant 5-1 avant de finalement conclure 7-5 sur une faute de Zverez au coup droit.

« J’ai simplement essayé de me battre. Il a commis quelques doubles fautes, ce qui m’a indiqué qu’il était nerveux », a commenté Shapovalov à propos du dernier bris de la deuxième manche. « J’ai essayé de jouer chaque point et je suis heureux d’avoir pu combler le déficit. »

Shapovalov a totalement dominé le troisième engagement — il a brisé Zverev au deuxième jeu et a scellé l’issue de la rencontre sur un coup droit raté de l’Allemand à sa deuxième balle de match.

Photo: Martin Sidorjak

Les statistiques du Canadien au service n’étaient pas aussi bonnes que lors de ses matchs précédents : 3 aces, 11 doubles fautes, 63 pour cent de ses premières balles réussies, 77 pour cent de points gagnés sur ses premières offrandes et seulement 46 pour cent sur ses deuxièmes. Mais il a compensé ces chiffres par une forme sublime en fond de terrain. « J’ai vraiment bien joué en fond de terrain, je sentais vraiment bien mes coups, du coup droit et du revers. J’ai joué intelligemment aujourd’hui. Tout allait bien pour moi en début de match, j’ai perdu un peu d’élan au milieu de la deuxième manche, mais je me suis bien accroché et j’ai ensuite filé vers la ligne d’arrivée. »

Les statistiques indiquaient que 35 coups gagnants et 37 fautes directes pour Shapovalov comparativement à 18 coups gagnants et 32 fautes directes pour la troisième tête de série.  

Photo: Martin Sidorjak

Zverev n’a pas tenté de trouver des excuses, mais il était visiblement déçu et frustré de sa performance. « Je dois faire mieux. Je suis venu ici avec l’objectif de gagner et peut-être devenir numéro un », a admis Zverev. « Mais si je joue comme ça, je ne le mérite pas. C’est aussi simple que ça. Aujourd’hui, je n’étais tout simplement pas assez bon pour battre un joueur comme Denis. »

Comme Félix Auger-Aliassime affrontera Marin Cilic en huitième de finale lundi (dimanche soir au Canada), la victoire de Shapovalov signifie que deux Canadiens pourraient faire partie des quarts de finale d’une épreuve du Grand Chelem pour la deuxième fois au cours des trois derniers tournois majeurs — en 2021, à Wimbledon, Shapovalov avait atteint le carré d’as et Auger-Aliassime les quarts de finale.

Dans une entrevue avec TSN, Shapovalov a mentionné qu’il avait croisé Auger-Aliassime. « Je lui ai parlé aujourd’hui et il m’a dit qu’il servait bien et qu’il jouait bien. Il m’a regardé et m’a dit : “Tu vas y arriver”. Cela m’a donné confiance. Je lui souhaite bonne chance, il aura fort à faire (contre Marin Cilic), mais il joue bien et, s’il sert comme il l’a fait à son dernier match, je pense que tout le monde va éprouver de la difficulté contre lui. » Samedi, après sa victoire face à Dan Evans, Auger-Aliassime a parlé de sa relation avec son compatriote : « Denis et moi nous nous motivons toujours de manière positive. Et je pense que de ne pas être le seul joueur canadien de ma génération dans le Top 20, le Top 10, ça enlève de la pression. C’est donc une bonne chose, une bonne chose pour le tennis canadien que Denis soit là aussi. »

Photo: Martin Sidorjak

Shapovalov peut rêver en grand alors qu’il se prépare à croiser le fer avec Rafael Nadal en quart de finale, mardi. Le haut du tableau s’est ouvert avec retrait tardif (forcé) du numéro un mondial Novak Djokovic. Par conséquent, si Shapovalov parvient à se défaire de Nadal (6e), il pourrait se mesurer à Matteo Berrettini (7e) ou à Gaël Monfils (20e) en demi-finale, avant de possiblement affronter le grand favori Daniil Medvedev (2e).

Photo: Martin Sidorjak

En ce qui concerne le match de mardi, Shapovalov a mentionné : « Affronter un joueur du calibre de Rafa est toujours un honneur. Mais au bout du compte, c’est un match comme un autre et je vais m’y prendre de la même manière : essayer de jouer mon jeu du mieux possible et de m’imposer. »

« Nous nous sommes rencontrés il n’y a pas si longtemps lors d’une exhibition [à Abu Dhabi le mois dernier, et Shapovalov avait gagné 6-7(4), 6-3 et 10-8], dans des conditions totalement différentes. C’est toujours une bataille contre lui. »

La fiche de Nadal est de trois victoires et une défaite contre Shapovalov, signant des gains en 2018 et en 2021 à Rome, ainsi qu’en 2019 en finale de la Coupe Davis. La seule victoire du Canadien est survenue en 2017, lors d’une soirée magique à Montréal.

Il est étonnant de constater que Shapovalov n’a pas remporté de victoire (0-16) contre un joueur classé dans le Top 5 depuis son triomphe aux dépens de Nadal il y a plus de quatre ans. Il serait donc logique qu’il le batte maintenant et qu’il mette fin à cette série d’échecs contre le légendaire Espagnol.

Photo: Martin Sidorjak

Lundi (22 h HE, dimanche, au Canada), Auger-Aliassime tentera d’accéder aux quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem pour la troisième fois de sa carrière — Wimbledon 2021 (QF) et Internationaux des États-Unis 2021 (DF) — lorsqu’il se mesurera à Cilic (27e).

Jouer durant le jour pourrait l’avantager, car Cilic a déclaré après avoir battu Andrey Rublev (5e) samedi soir : « Comme il fait un peu plus frais en soirée, on peut y aller un peu plus pour nos coups et cela s’est vraiment bien passé pour moi. J’ai bien servi et c’est ce que ça prend contre les meilleurs. Si tu leur donnes la chance de frapper, tu peux avoir des problèmes. J’ai donc essayé d’être agressif et cela a porté ses fruits. »

Cilic, qui est âgé de 33 ans, possède une fiche parfaite de trois victoires contre Auger-Aliassime. Samedi, il a mentionné qu’il avait travaillé très fort depuis l’été dernier pour améliorer son jeu — tout comme Auger-Aliassime.

En 2018, le Croate avait subi une défaite de cinq manches contre Roger Federer en finale des Internationaux d’Australie avant de se hisser au troisième rang mondial. Il occupe maintenant le 27e échelon, tandis qu’Auger-Aliassime, 21 ans, fait partie du Top 10, en 9e place — ce qui suggère que le plus jeune joue peut-être à un niveau supérieur. C’est ce qu’il tentera de prouver lundi dans le John Cain Arena, une enceinte de 10 500 places surnommée « l’arène du peuple ».

Photo: Martin Sidorjak

Photo de l’article : Martin Sidorjak

Tags