Wide shot of Court 3 at the Australian Open

Photo : Martin Sidorjak

Il est stupéfiant de penser qu’après quatre ans sur le circuit professionnel, un 13e rang mondial (2022) et une finale aux Internationaux des États-Unis de 2021, que Leylah Annie Fernandez n’avait jamais gagné un match (0-3) aux Internationaux d’Australie.

Mardi, elle a coché cette case en prenant la mesure d’Alizé Cornet en deux manches de 7-5 et 6-2 sur le court 3 (photo ci-dessus). L’autre Canadienne en action était Katherine Sebov, qui, pour son premier duel au tableau principal d’une épreuve du Grand Chelem, évoluait dans la Rod Laver Arena — elle s’est inclinée en des comptes de 6-3 et 6-0 aux mains de Caroline Garcia, 4e tête de série.

Après avoir comblé un déficit de 1-3 et avoir été chancelante au début du match, Fernandez s’est ressaisie et a nettement été supérieure à Cornet. Ses coups étaient plus puissants et mieux placés, et a dominé la Française de 32 ans qui participait à un tournoi du Grand Chelem pour une 64e fois consécutive.

Fernandez semblait toujours prête à creuser l’écart, mais soit une erreur de sa part ou un coup opportun de la Française ont permis au match de rester compétitif. Ce n’est qu’après avoir remporté les quatre derniers jeux que Fernandez a pu pousser un soupir de soulagement et sceller l’issue de la rencontre après une heure et 41 minutes de bataille.

Leylah Annie Fernandez lunges for a volley at the net while Alize Cornet looks on from the other side of the net.
Photo : Martin Sidorjak

« Il y a tellement de choses que j’aurais pu faire plus tôt, a admis Fernandez, mais les premiers matchs sont toujours difficiles. C’est le premier tour d’un tournoi du Grand Chelem, du premier tournoi du Grand Chelem de la saison. J’étais nerveuse et j’essayais simplement de retrouver mon rythme. Je n’avais pas disputé de match depuis une semaine, ce n’est donc pas facile. »

Jeudi, au deuxième tour, elle se mesurera à Garcia, une joueuse de 29 ans qui a fait un bond spectaculaire l’an dernier, passant de la 74e à la 4e place du classement de la WTA, et qui a notamment remporté les Files de la WTA à Fort Worth, au Texas.

Garcia attribue cette percée au fait qu’elle a suivi les conseils de ses entraîneurs et qu’elle s’est engagée à laisser aller ses coups et en jouant du tennis plus agressif.

Lorsqu’on lui a demandé quel défi représentait la Française, Fernandez a répondu : « Je dois simplement accepter qu’elle va être en mode attaque. Elle prend la balle très tôt. Ce ne sera pas facile, mais je dois m’habituer à cette vitesse et imposer mon jeu. »

Il s’agira du premier affrontement entre les deux joueuses. « Je ne la connais pas très bien, a indiqué Garcia à propos de Fernandez. Je me suis déjà entraînée avec elle quelques fois, mais pas récemment. Elle a bien réussi en Grand Chelem, notamment aux Internationaux des États-Unis (2021). Elle aime prendre la balle tôt et utiliser son coup droit. Et si elle a battu Alizé, c’est qu’elle est assez solide, car on connaît tous la fiche d’Alizé dans les tournois du Grand Chelem. Ce sera un super match. C’est un deuxième tour difficile, mais c’est un bon défi et on a besoin de ce genre de match pour aller loin dans les tournois. »

Leylah Annie Fernandez leaps into the air after hitting a forehand.
Photo : Martin Sidorjak

Le duel entre Garcia et Fernandez est assurément un moment fort du tableau féminin et devrait être présenté dans l’un des principaux stades de Melbourne Park. Garcia a mentionné qu’elle était surprise de jouer dans la Rod Laver Arena mardi, signant sa toute première victoire sur ce court.

Un nouveau membre s’est joint à l’équipe de Fernandez : Julian Alonso, un Espagnol qui a occupé le 30e rang mondial en 1998 et qui était connu pour la puissance de son service.

« Nous voulions ajouter un entraîneur pour travailler avec mon père, a expliqué Fernandez. Nous voulions qu’il puisse voyager avec moi pendant que mon père voyage avec ma sœur (Bianca Jolie), parce qu’elle aussi tente de se faire une place au tennis. Je pense que Julian est un bon atout pour l’équipe. Il comprend nos valeurs, il comprend notre philosophie. Je pense que ce qu’il apporte, c’est son expérience en tant que joueur et en tant qu’entraîneur, car il a travaillé avec plusieurs athlètes de haut niveau. »

Quand on lui a demandé si elle était capable de retourner le service d’Alonso, elle a admis : « C’est difficile. Parfois, je dois juste fermer les yeux et espérer. »

Leylah Annie Fernandez talks with her coach on court.

Les adeptes du tennis connaissent l’intensité et l’extraordinaire capacité de concentration de Fernandez. Quand on lui a demandé si le plus important pour une joueuse était le mental ou le physique, sa réponse ne nous a pas surpris. « Il y a quelques années, j’ai regardé une vidéo qui parle des entraîneurs. Je pense qu’on leur a posé la même question. Je trouve que le mental est trois fois plus important que le physique. Le mental est extrêmement important.

« Je suis très reconnaissante envers mes parents, et surtout mon père, d’avoir renforcé cet aspect. Il ne m’a pas vraiment appris le tennis ou la technique du tennis, mais plutôt le côté mental du sport. Parce que c’est difficile. Tu es seule sur le terrain. La plupart du temps, tu n’as pas d’entraîneur avec toi ou l’entraîneur ne peut pas te parler pendant les points. Il te faut donc comprendre certaines choses par soi-même. Tu dois être ta propre meneuse de claque, ta plus grande critique, ton plus grand soutien. »

Les joueurs surfent sur des vagues de confiance et de forme, comme l’a fait Fernandez à Flushing Meadows en 2021, et comme l’a fait Garcia pour remporter les Finales de la WTA. Mardi, quand elle a discuté avec des journalistes français sur la poursuite de cette lancée après les Finales de la WTA, Garcia a mentionné : « Je ne pense pas qu’il soit possible de poursuivre sur cette lancée. Il y a eu des vacances, une période d’entraînement. Les choses changent et évoluent, je ne peux donc pas dire que j’essaie de poursuivre sur cette lancée. Mais je veux simplement prendre tous les points positifs de la fin de saison — le style de jeu, l’intensité et l’approche — et les conserver. Je sais que je possède le niveau pour battre les meilleures et réaliser de grandes choses. Il faut que je me concentre sur ces choses, que je prenne le tournoi un match à la fois pour voir comment je peux continuer à m’améliorer. »

Mardi, le match contre Sebov a démarré un peu lentement, mais une fois que Garcia a brisé la Canadienne pour prendre les devants 5-3, elle a rapidement atteint sa vitesse de croisière. Son style agressif s’est reflété dans les statistiques : 22 coups gagnants comparativement à un seulement pour Sebov.  

« C’était vraiment une expérience unique, a avoué Sebov à propos de son match dans à Rod Laver Arena. Je n’avais jamais vécu une telle ambiance, avec autant de spectateurs, et pas seulement en direct, mais aussi à la télévision. C’était une expérience incroyable. J’ai vraiment beaucoup aimé. »

Katherine Sebov slices a backhand.
Photo : Martin Sidorjak

Tout en disant qu’elle aurait souhaité jouer un peu mieux, et notamment se donner plus d’espace pour faire face à la puissance de Garcia, Sebov quitte les Internationaux d’Australie avec de bons sentiments. « Cette expérience signifie beaucoup pour moi. Le simple fait de me qualifier et même de gagner le premier tour des qualifications a été énorme pour moi, car je n’avais jamais réussi cela auparavant. C’est la première fois que je me sens à ma place dans ce groupe de joueuses. Me rendre aussi loin signifie beaucoup pour moi, et je peux aller encore plus loin. Vous me verrez beaucoup plus souvent. »

Dans l’immédiat, il semble que Sebov participera aux qualifications d’un tournoi de catégorie 250 de la WTA en Thaïlande dans deux semaines.

Katherine Sebov hits a forehand.
Photo : Martin Sidorjak

En ce qui concerne les cadeaux qu’elle a reçu à Melbourne, Sebov a indiqué qu’elle avait reçu une bouteille de champagne après sa qualification.

Elle n’avait pas autre chose en tête et on lui a demandé si elle aimait le champagne. La Torontoise de 24 ans a répondu par la négative avant d’ajouter : « Je préfère la tequila. »

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